
Le contexte bruxellois
La Région bruxelloise diffère à plusieurs égards des deux autres régions de notre pays. Elle connaît ainsi une forte croissance démographique et se caractérise par une population jeune, une proportion importante de personnes en situation de précarité et de pauvreté ainsi que de personnes de nationalité étrangère. S’y ajoutent aussi des réalités difficiles à chiffrer, comme une forte présence de personnes en séjour irrégulier, d’étudiant·e·s en kots, de touristes, … qui ont ou peuvent tous aussi avoir besoin de soins médicaux.
La densité de population des quartiers et des communes et les conditions de vie socio-économique peuvent être extrêmement différentes dans la Région de Bruxelles-Capitale. Il en va donc très logiquement de même pour la prévalence des maladies.
Par exemple, en ce qui concerne le diabète, un gradient social a été clairement mis en évidence : la prévalence de cette pathologie augmente à mesure que les revenus diminuent (Observatoire de la Santé et du Social, 2019). Ces différences sociales s’expriment également au niveau géographique. Ainsi, L'Obs. de la Santé et du Social constate que cette pathologie est plus fréquente dans les zones pauvres de la Région bruxelloise, par exemple à Anderlecht, Molenbeek-Saint-Jean et Koekelberg ainsi que dans certains quartiers de Schaerbeek et de Bruxelles-Ville, tout comme dans les quartiers abritant de nombreux logements sociaux, par exemple à Watermael-Boitsfort.
Lorsque on tente d’estimer les besoins en soins de la population dans le calcul de l’offre et des pénuries potentielle en médecine générale, il est donc important de tenir compte de ces disparités spatiales.
Nombre et localisation de médecins généralistes « actif·ve·s »
A côté de ce contexte, le recensement a permis d’arriver au nombre de 1.656 généralistes actif·ve·s (ayant au moins une adresse professionnelle d’une pratique de médecine générale classique dans la Région de Bruxelles-Capitale) affilié·e·s au BHAK et/ou à la FAMGB.

Sur le plan démographique, il apparaît très clairement que les femmes sont surreprésentées parmi les médecins généralistes les plus jeunes - jusqu’à 54 ans (leur proportion variant de 61 % à 70 %) - et les hommes dans les catégories d’âge supérieures - à partir de 64 ans (proportion allant de 68 % à 84 %). L’âge moyen des médecins varie au sein de la Région bruxelloise (carte dans le dossier complet).
Les médecins actif·ve·s dans le croissant pauvre sont plus jeunes (âge moyen inférieur à 44,5 ans). Le quadrant sud-est présente quant à lui des valeurs plus élevées, avec plusieurs quartiers social-santé où l’âge moyen est supérieur à 51 ans. Les deux quartiers social-santé qui constituent l’est de Woluwe-Saint-Pierre et Woluwe-Saint-Lambert font quelque peu exception puisque l’âge moyen y est relativement peu élevé (inférieur à 47 ans). La part de l’offre - approchée par la part des heures de consultation - des médecins de 65 ans et plus n’est pas la même dans tous les quartiers social-santé. Ainsi, dans le croissant pauvre, la part de l’offre développée par des médecins âgés est faible (moins de 15 %). Par contre, dans le cadrant sud-est, l’offre est davantage le fait de ces médecins plus âgé·e·es sauf dans l’est de Woluwe-Saint-Pierre et à Watermael-Boitsfort. Dans certains quartiers social-santé d’Uccle, c’est plus du tiers de l’offre qui le fait de ces médecins âgé·e·s. Ceci peut donc évidemment avoir un impact dans les années à venir si ces médecins âgé·e·s cessent leur activité.
Nombre et caractéristiques des pratiques
Au total, 945 pratiques « classiques » (consultations et visites à domicile) ont été identifiées dans la Région bruxelloise. Les médecins généralistes y exercent seul·e·s ou avec un·e ou plusieurs confrères·soeurs généralistes. Si l’on veut encore affiner, voici un détail :
- 566 ont été considérées comme étant des pratiques individuelles
- 143 ont été assimilées à des pratiques de groupe monodisciplinaire (au moins deux médecins généralistes)
- 236 sont des pratiques de groupe multidisciplinaires, dans lesquelles différentes catégories de professionnels de la santé collaborent avec le(s) généraliste(s), dont les « maisons médicales ».
Au niveau du système de paiement, le forfait est choisi par 21 % des médecins généralistes qui exercent principalement dans le croissant pauvre, à l’exception des alentours de Tour & Taxis. Mais la plus grande partie des médecins généralistes sont payé·e·s à l’acte (79 %) en 2023.
Temps de travail total et par tâche
Au moment de l’enquête, le temps de travail total moyen des généralistes bruxellois était de 44,8 heures (pour une semaine ordinaire). Et ce ne sera certainement pas une nouveauté pour nombre d’entre vous… L'étude montre qu'une part importante des 1.656 médecins généralistes sont en situation de surcharge de travail et en âge de partir à la pension, ce qui a un impact sur l'accessibilité aux soins :
- 57% des médecins généralistes bruxellois souhaiteraient travailler moins,
- 15 % des médecins n'acceptent plus de nouveaux patients,
- 48 % ne le font que sous conditions,
- 17 % des médecins généralistes ont plus de 65 ans (dont 57 % souhaitent arrêter leur activité).
Et les besoins de la population ?
Il a été également tenu compte des données relatives à la consommation de soins de médecine générale, et ce, pour produire un indicateur localisé des besoins.
En résumé, une pénurie locale n'est pas uniquement liée à l'absence de praticiens sur un territoire donné, mais aussi à l'insuffisance de l'offre au regard de l'importance des besoins ou de la demande locale.
Zones potentiellement en pénurie aujourd'hui... et/ou demain
Si l'on estime la situation actuelle sans pour autant prendre en compte la volonté des médecins généralistes de réduire leur temps de travail, les prochains départs à la retraite, ou encore les temps de consultations plus longs pour les patient·e·s précaires, on obtient un premier scénario, une première cartographie, plutôt optimiste (image à gauche). A l'inverse, si l'on prend en compte ces différents facteurs, la situation apparait dès lors comme bien plus inquiétante.

Dans le premier scénario (à gauche de l'image), les situations qui sont potentiellement problématiques apparaissent surtout en deuxième couronne, parfois dans des zones qui sont moins densément peuplées.
Cette difficulté à trouver un·e médecin disponible à proximité peut être d’autant plus problématique que ces zones sont parfois mal desservies par les transports en commun et donc peu connectées à des zones où l’offre peut être plus importante.
A l'inverse, certaines zones de deuxième couronne sont par contre bien couvertes : c’est le cas de l’est de Woluwe-Saint-Lambert et Woluwe-Saint-Pierre ou de Berchem-Sainte-Agathe et le nord de Jette. D’autres zones apparaissent également comme permettant un accès à de plus grands nombres de consultations annuelles telles que le centre historique et du quartier maritime de Molenbeek-Saint-Jean, les alentours de Tour et Taxis et du Parc Maximilien, mais aussi l’est du Pentagone ou encore de l’ouest de Woluwe-Saint-Pierre et, dans une moindre mesure, du nord de Uccle ou du centre de Berchem-Sainte-Agathe.
Dans l'autre scénario (à gauche de l'image), la prise en compte de ces limitations de l’offre fait baisser l’offre globale de 35% et la prise en compte d’un temps supplémentaire pour les BIM fait augmenter la demande globale de 11%. Sans surprise, c’est dans ce scénario que les zones en vert sont les moins nombreuses.
Si les zones de pénurie possible sont à la fois plus nombreuses, le niveay de pénurie y est aussi plus important ! En effet, dans de nombreux espaces, le nombre de contacts disponibles annuellement (à moins de 600 mètres du domicile) est inférieur à 2,5, ce qui signifie 25% de moins que la moyenne régionale actuelle (3,9).
La FAMGB et le rôle des décideur·ce·s politiques
Au-delà de ce travail de cadastrage et des hypothèses formulées, la FAMGB n’a eu de cesse, depuis des années, d’alerter le politique sur les besoins des médecins qui s’installent :
- Mettre à disposition et particulièrement dans les quartiers en besoin, des locaux à un tarif abordable ou avec une gratuité de loyer le temps de constitution d’une patientèle. A noter que ces conditions avantageuses ne devant pas être conditionnées à un type de pratique, mais ouverts à tous afin que le système devienne résilient.
- Revoir le système de taxes locales visant les bureaux dans l’aide à l’installation.
- Proposer des prêts à 0% pour la rénovation ou l’achat de bien en vue de la pratique professionnelle.
Dans l’objectif d’un système diversifié, permettant à la fois une résilience et une attractivité pour les jeunes générations, nous demandons que ces aides ne soient pas discriminantes sur base du mode d’organisation de la pratique.
La réforme de la prime d’installation (ex Impulséo) qui a été mise en place, en dépit même de la consultation des intéressés, doit être reprise et réouverte non seulement à toutes les pratiques, mais également simplifiée pour que plus de médecins ou structures puissent y accéder.
Enfin, sur ce thème, nous renvoyons à l’avis du Conseil national de l’Ordre des médecins qui, en sa séance du 10 juin 2023, a examiné la problématique de la pénurie de médecins et son impact sur les soins de santé. Retenons notamment sa demande « Le moment est venu pour les décideurs politiques d'accélérer la mise en œuvre immédiate de toutes les mesures de soutien promises ».
Pour aller plus loin
Découvrez l'intégralité de l'étude sur les "Soins de médecine généraliste en Région Bruxelloise : disponibilité des soins et accessibilité spatiale au niveau local" :
Ainsi que les articles du Soir, de Medi-Sphere ou encore de Bruzz sur le sujet.
Retrouvez également notre Memorandum politique... plus que jamais d'actualité !



